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Guy B. ( ) - AFN

 " J'ai été appelé sous les drapeaux début septembre 1960 au 9ème R.T.M. à Souge, puis je suis passé au 57ème R.I. où j'ai fait mes classes pendant 4 mois.

 Ensuite début janvier 1961 j'ai embarqué sur le « Ville de Marseille » 
[1] direction Bougie [2] où j'ai débarqué.

 On nous a amenés à une centaine de kilomètres au sud de Bougie en plein djebel, un petit village, la mine de Brouhamane (??) 
[3], le secteur opérationnel du 57ème R.I. Il n'y avait pas d'eau ni d'électricité, entouré de fils de fer barbelés. Nous allions chercher l'eau avec des mulets à environ 2 kilomètres à flanc de montagne, dans une petite source, il ne fallait pas la gaspiller.


 Ensuite nous faisions des patrouilles autour du poste, et des embuscades la nuit. Nous rentrions vers minuit, une heure du matin, et cela durait trois semaines à un mois.


Gilbert avec son fusil
lance grenade MAS 49
 J'ai participé à ma première opération, il y avait toute la compagnie ce jour-là. C'était la première fois que je voyais des cadavres de « fel » (fellaghas) et des vivants de près. Nous avions fait une dizaine de prisonniers. J'ai eu très peur cette journée-là, surtout quand ça tirait dans tous les coins.

 Je me suis dit « ça commence bien », je croyais que je ne reverrais jamais la France. Et au fur et à mesure j'ai pris un peu plus d'assurance, et surtout ça forge le caractère.

 Les jours ont passé, mais nous étions souvent sur le terrain. Parfois nous restions deux ou trois jours.


 Le plus long fut de dix jours sans rentrer, nous étions ravitaillés par hélicoptère. Notre mission était de garder le village.

 Quelques jours avant Noël nous avons fait une bonne prise, et en récompense nous avons eu un bon repas. A la fin nous étions un peu chauds, ça remonte le moral.

 Pendant les 15 à 18 premiers mois ça a été très dur et pénible. Et quand il y a eu le cessez-le-feu au mois de mars, vers juin-juillet nous sommes redescendus des montagnes. Nous nous sommes retrouvés dans la plaine à une quarantaine de kilomètres de Bougie, El Kseur 
[4]. Là nous faisons quelques patrouilles tout en restant sur nos gardes, et un jour nous avons eu droit à une demi-journée à la mer. C'était bien, ça a été la seule fois.


 Et à la fin de l'année 1962, nous avons eu la quille, et tant mieux...

 Voilà, c'étaient mes deux ans d'Algérie, en passant par des raccourcis.
"

Guy B.


[1]


« Ville de
Marseille »: 

Rebaptisé « Maroc » puis à nouveau « Ville de Marseille »,
paquebot desservant les lignes d'Afrique du Nord
depuis Marseille (1949-1973).
[2]



Bougie: 



Bejaïa, ou Bgayet en berbère, est une ville située à 220km
à l'est l'Alger, en bordure de la Méditerranée, réputée pour
ses chandelles en cire d'abeille (d'où le mot « bougie »)
ou la diffusion des chiffres arabes en Occident.
[3]Brouhamane(??) <non localisé>.
[4]



El Kseur: 



Ou Leqser en kabyle, commune située à 24 km
au sud-ouest de Béjaïa (Bougie). El-Kseur fut l'une
des premières régions de Kabylie à rallier le F.L.N.
dès 1954, et le théâtre de plusieurs batailles.


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