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Guy S. (63-2B) - AFN

 " Appelé au service Armée de la classe recrutement de 1964 à Poitiers le 10/12/1962, Classe 63.2B, j’ai participé aux opérations de sélections au centre de Limoges du 15 au 17 avril 1963. On m’a demandé de faire un choix sur un centre militaire. Celui-ci s’est porté sur l’A.F.N. [1]. Ma demande a donc été satisfaite le 01/09/1963. J’ai incorporé le C-I-41ème R.A. à la caserne Nansouty de Bordeaux, pendant mes classes d’incorporation au camp de Souge à Martignas-sur-Jalle.

 Au 57 R.I., j’ai effectué des tirs au Mas 36 
[2]. Quelques jours plus tard, direction la caserne Tanaïs à Blanquefort pour une formation de chauffeur, où j’ai obtenu tous mes permis avec joie. Revenu à la caserne Nansouty, en attente pour le départ en Algérie. J’ai pris le train direction Marseille, « train que je n’avais jamais pris de ma vie », en transit pour le camp de Sainte Marthe, qui n’était pas un hôtel de luxe : chambres sales, les lits pleins de punaises, mal odorantes…

 Embarqué le 21/12/1963 sur le paquebot « Kairouan », la traversée du Golfe de Gascogne m’a été pénible, car il y avait une forte houle. J’ai eu le mal de mer. Dans la cale, des chaises longues, une odeur de vomi nous accompagnait. Je suis monté sur le pont pour prendre l’air frais, mais les très fortes vagues m’arrosèrent de la tête aux pieds. Néanmoins c’était préférable aux odeurs de la cale…

 Débarquement à Oran, une très belle ville, et cette fabuleuse base de Mers-El-Kebir 
[3], pour quelques jours, avant une nouvelle destination, le Sahara, Colomb-Béchar [4]. Ce voyage en train, le bien nommé « La Rafale » [5], un tortillard, n’a pas commis d’excès de vitesse…

 [7]

 Arrivés à Colomb-Béchar, des GMC [6] sont venus nous chercher pour nous amener à la base du C.I.E.E.S. [7]. Je suis affecté comme conducteur sur divers véhicules. J’ai pris possession d’un GMC ce jour-là. J’ai fait la connaissance du lieutenant Fernandez, qui n’était pas vraiment facile, voire désagréable. Il fêtait son millième motif !

 

 J’ai ensuite rejoint comme chauffeur le service vaguemestre où le responsable était l’adjudant Lethelier, brave homme compréhensif. J’étais vraiment bien dans ce service, le plus pénible c’était les tours de garde, sur les pistes, avec des températures de 50 degrés.

 J’ai assisté à une tempête de sable, on n’y voyait pas grand-chose même avec les phares des véhicules allumés, c’était d’une telle violence que le Maréchal des Logis Chef Mourgue, parti avec une Jeep, s’est retourné heureusement sans gravité pour sa personne. Lui aussi très affable, respectueux, généreux avec ses hommes. C’était aussi un sacré boute-en-train, que je n’oublierai pas.


 Lors de mes premiers jours en tant que chauffeur, je suis allé chercher des gars qui montaient la garde. Sur mon parcours, je suis tombé sur une embuscade. J’ai essuyé les feux de l’A.L.N. 
[8], qui ne m’ont pas atteint. Vives émotions évidemment !

 Dans cette base il y avait plusieurs régiments, dont cette fameuse Légion Etrangère, avec qui j’ai fait connaissance. Nous sortions souvent ensemble. Des hommes formidables, à qui je porte beaucoup de respect et d’admiration.

 Au bout de quelques mois, j’ai eu une permission pour revoir ma famille, ce furent des jours très agréables.

 Voici le temps de repartir à Colomb-Béchar. Départ de la base d’Istres à bord d’un « Noratlas » 
[9]. J’ai également pris un C47 « Dakota » [10] pour rejoindre mon poste de chauffeur vaguemestre, c’était mon 2ème baptême de l’air.

 [10]

 Le 01/06/1964 j’ai reçu la distinction de 1ère Classe. Nous avons avec les camarades d’armée fêté cela comme il se doit.

 Au cours de ces mois où nous étions en ville à bord de nos véhicules, nous avons été caillassés par des « fatmas » et leurs gamins. Cela arrivait de temps en temps.

 Un jour, nous avons eu un différend avec l’A.L.N., qui a failli mal tourner. Les armes étaient braquées sur nous. Heureusement, un accord a été trouvé par les gradés des deux camps pour ramener la situation au calme.


 Retour pour la France, embarqué le 26/11/1964 à bord du paquebot « Eldjézaïr ». Retour à la vie civile.

 Que de bons souvenirs de ces mois passés sous notre beau drapeau, avec honneur et fierté. J’ai ensuite correspondu avec mes frères d’armes, mais les années passant, plus de nouvelles pour diverses raisons, éloignement, familiales, etc.
"

Guy S.



[1]A.F.N.: Afrique Française du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie).
[2]

Mas 36: 

Fusil à verrou de la Manufacture d'Armes
de Saint-Etienne, modèle 1936.
[3]

Mers-
El-Kebir: 
Ville portuaire d’Algérie, située à 7 km d’Oran.

[4]



[Colomb-]
Béchar: 


La plus grande ville du sud-ouest algérien, à 80 km de
la frontière marocaine, sur le trajet de la N6. De l’officier Colomb qui «découvrit» le douar Béchar en 1870.
Nom actuel : Béchar.
[5]

La Rafale: 

Tortillard qui reliait [Perrégaux-]Mohammadia
à [Colomb-]Béchar (env. 650 km) à 30km/h !
[6]

GMC: 

General Motors Truck Company, fabricant de véhicules utilitaires et militaires (USA).
[7]

C.I.E.E.S.: 

Centre Interarmées d’Essais d’Engins Spéciaux,
à [Colomb-]Béchar.
[8]


l’A.L.N.: 


Armée de Libération Nationale, le bras armé du Front de Libération Nationale (F.L.N.), contre la présence coloniale française en Algérie (1954-1962).
[9]


Nord 2501
« Noratlas »: 

Avion français bimoteur de transport militaire, conçu par Nord-Aviation (1953-1998). Certains exemplaires seront fabriqués en Allemagne, sous licence (les 2501-D).
[10]

C47 Skytrain
« Dakota »: 
Version militaire du DC-3 de Douglas Aircraft Company (USA), avion polyvalent de transport créé en 1941.


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